Le père Winslow
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Le père Winslow
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Larguez les ris !

AVIS DE RECHERCHE

"As-tu connu
le père Winslow ?"


Pas personnellement, non, mais de réputation... Vous avez peut-être remarqué, les chants de marins ont tendance à rester peu explicites sur les personnages. C'est rageant des fois. On connaît le nom, mais on voudrait en savoir plus. Qui était ce John Kanakanaka-Toulahé ? Et la Grande Margot, celle dont le mari est parti en mer la laissant au bout du quai ?

"Le mari de la Grande Margot,
S'est embarqué sur un cargo..."

Oui, bon, d'accord... mais pour aller où ? Est-il revenu enfin ? Comment a-t-il réagi à la façon que madame s'est comportée pendant son absence ? Personne ne le sait. "Le capitaine de Saint-Malo, alli allo, qui fait la pêche au cachalot..." on le connaît comme ça, mais alors son nom de famille...

Comment s'appelait le Capitaine de Saint-Malo ? Voilà un bon petit projet pour occuper les enfants un jour qu'il pleut : allez à la bibliothèque chercher le nom et la date de naissance du capitaine... Et pendant que vous êtes en ville, vous pouvez ramener notre échelle de Beaufort s'il vous plaît ? Et un kilo de ris pour les huniers... Vous êtes bien gentil.

En fait, dans le cas en question, le nom du capitaine, on doit pouvoir le trouver, et sa date de naissance. Saint-Malo n'a jamais été d'une grande importance en tant que port baleinier et le nombre de ses capitaines qui ont eu affaire aux cachalots est strictement limité, trois ou quatre à peine. Il suffit donc de prendre les candidats un par un et de fouiller dans l'état civil et les vieux registres paroissiaux. Nous cherchons un inscrit maritime du quartier qui a eu trois filles lesquelles se sont fait remarquer pour leurs moeurs un peu dissolus, la chanson nous indique même dans quelles villes elles exerçaient leur métier. A Nantes, à Brest et à Bordeaux, si je me souviens.

Sérieusement. Il y a de fortes chances que le mot "cachalot" ici sert uniquement pour la rime, que le capitaine de Saint-Malo "qui mange la viande et nous laisse les os" n'a jamais existé. Les pratiques dénoncées, le mauvais traitement des équipages, oui, oh combien, mais peut-être pas le bonhomme.

Le père Winslow, par contre, est parfaitement authentique. "As-tu connu le père Winslow ?" Oui, tout a fait, c'était au Havre, dans les années 1820. Et, cela ne s'invente pas, il faisait vraiment la pêche au cachalot...

Jérémiah Winslow, armateur de baleiniers, descend de l'un des quatre frères Winslow qui sont arrivés en Amérique à bord du Mayflower. Les Winslow, baleiniers de père en fils depuis 1620, sont installés sur l'île de Nantucket. C'est le pays des baleines, les Américains sont les spécialistes mondiaux de la très grande pêche, et c'est naturellement vers eux que le gouvernement français s'est tourné après la Restauration pour relancer l'industrie en France. Jérémiah Winslow vient s'installer au Havre en 1817, attiré par les primes à l'armement. Il amène ses gars, capitaines, harponneurs, chefs de pirogue. Sa carrière, et ses disputes avec ses rivaux, durèrent jusqu'à sa mort en 1858. Le dernier baleinier français à voile, en 1868, portait toujours son nom : le Winslow.


Voilà pour le père Winslow. Il y a un autre qui m'intrigue. C'était qui, Hale-ta-Patte ? On le rencontre dans les chants des Terre Neuvas, les comptines pour dégager le sel dans la cale. Il fallait compter les pelletées, cent vingt plus quatre puis on changeait d'équipe, les chants servaient à calculer. Le rituel commençait par "une pelle blanche, une pelle avec une jolie manche" puis il était question des mœurs des filles de Cancale, de la soif engendrée par le travail physique, de la mauvaise qualité de la cuisine à bord... et toujours on revenait à ce même maudit capitaine de malheur :

"Connais-tu Hale-ta-Patte
Capitaine du Banquereau
Qui du matin au soir
Emmerde ses matelots !"

Lesquels matelots, bien sûr, renvoient les bons sentiments :

"Hale-ta-Patte si tu continues
Des marins, tu n'en auras guère
Hale-ta-Patte si tu continues
Des marins, tu n'en auras plus !"

Avant d'envoyer balader le métier, le bateau et tout, avec un dernier "Pourvu que je sauve mes pelotes, le restant je m'en fous !"

Dans l'intérêt de la recherche historique, je cherche tous renseignements concernant une goélette, le Banquereau, commandé par un boiteux pénible... Réponses au journal, qui transmettra.

pique la baleine, joli baleinier...

alors... ça mord ?

port-malo.corsaires
04/11/06